#29 Frédérique

Je m’appelle Frédérique, j’ai 40 ans le mois prochain, angevine depuis le lycée. J’ai débarqué à Angers en 92 de ma campagne, mes parents habitent dans le nord du département. J’étais interne au lycée Joachim Du Bellay près du jardin des plantes. Je suivais des études qui normalement étaient destinées à me propulser dans le monde artistique. Au bout d’un an, je me suis rendue compte que cela n’était pas du tout pour moi. En seconde art plastique, j’ai compris que je n’étais pas une artiste. J’étais une littéraire, une vraie littéraire. J’ai très vite arrêté l’option art plastique et je me suis concentrée sur la littérature. J’ai eu le BAC et me suis installée dans mon premier appartement à Angers. En fac de Lettres, je savais déjà que je voulais être enseignante. J’avais rencontré une institutrice qui avait des pratiques pédagogiques très innovantes, la révélation pour moi. Transmettre et changer la société. Je me disais à l’époque que si on voulait changer la société il fallait commencer par les enfants. J’avais envie d’une société plus égalitaire où les gens aient accès à plus de culture. Qu’ils puissent réfléchir par eux-mêmes, qu’on ne leur impose pas des pensées, qu’on ne leur dicte pas leur conduite par les canaux traditionnels, la télévision, tous les médias. Mes études étaient logiques. Je ne me posais pas plus de questions que cela. Avec le recul, je me dis que j’aurai dû prendre plus de temps pour moi à la fac. C’est l’époque où tu peux en profiter et je le regrette vraiment maintenant. Comme mes parents n’avaient pas beaucoup de revenus j’étais caissière, ce travail me permettait de vivre en plus des bourses. J’ai eu ma licence en trois ans, le concours l’année d’après et à 21 ans j’étais professeure des écoles, parachutée en classe très jeune. La deuxième année, je me suis retrouvée directrice d’école, à 22 ans. Si j’avais été parent d’élève, je ne sais pas si je me serais fait confiance. J’habitais toujours Angers mais je travaillais à côté de Montreuil Bellay, je faisais 70 kilomètres le matin et 70 kilomètres le soir.

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L’année suivante je suis arrivée dans le Baugeois, dans une petite école à Cheviré le Rouge et j’ai gardé de belles attaches là-bas. J’y suis restée 11 ans, jusqu’en 2013. Pendant toutes ces années, à la fois à la fac et quand je suis devenue directrice, je me suis rendue compte que j’aimais vraiment beaucoup écrire. Mais encore une fois je n’étais pas une artiste. J’ai essayé comme à peu près tous les étudiants de la fac de Lettres de commencer à écrire un roman, un peu torturé, cela n’a pas du tout fonctionné. C’est resté à l’état d’ébauche, cela n’avait aucune valeur. Par contre j’aimais vraiment beaucoup écrire. Les disserts de 16 pages ne m’ont jamais fait peur, j’adorais ça. Quand je suis devenue directrice, tout ce qui était purement administratif, rédiger des courriers, des compte-rendus, des discours, des articles pour la presse locale, j’ai vraiment aimé cela. À partir d’une dizaine d’années de direction, je me suis rendue compte que je commençais à avoir fait le tour de ce poste, j’ai commencé à réfléchir à un autre métier. J’ai eu le projet de partir travailler aux Etats-Unis qui n’a pas abouti car la classe dans laquelle je devais travailler a fermé, mais je me suis dit c’est le moment de partir, de faire autre chose. J’ai changé d’école. Je suivais régulièrement des blogs de mode dont le blog de Garance Doré depuis ses débuts, une blogueuse mode, photographe, illustratrice, originaire de Corse, Marseille, Paris puis New York. J’aimais bien son contenu assez léger, son point de vue un peu différent sur la mode. Régulièrement je voyais des petites erreurs d’orthographe. Un jour, je lui ai écrit pour lui proposer de l’aide. Je n’avais pas d’arrière pensée rémunérée à l’époque. J’aidais régulièrement des amis à relire leurs thèses, leurs mémoires. Elle a tout de suite accepté et je l’ai aidée pendant deux ans.
Puis je me suis dit que je pourrais en faire une activité et j’ai créé mon auto entreprise. Je le fais en parallèle de mon travail d’enseignante. Je ne voulais pas de jeu de mot donc je l’ai appelée tout simplement “Frédérique Péan – Ecrivain public”. Je n’ai pas fait de brainstorming. Je suis restée simple.

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L’écrivain public est un professionnel de l’écriture qui propose des services de rédaction, de correction ou de réécriture aux particuliers et aux professionnels. Il écrit pour et avec les gens, soit qui sont en difficulté avec la langue, soit désormais pour les gens qui n’ont pas le temps. “Je n’ai pas de temps à consacrer à la relecture de mon rapport de stage, je vais le faire faire à quelqu’un”. “Je n’ai pas de temps pour rédiger ce courrier de contestation de PV, je vais demander à quelqu’un de l’écrire pour moi”. Le premier contact se fait par internet ou par téléphone. Pour les angevins, on convient d’un rendez-vous, je n’ai pas de cabinet donc généralement c’est dans des bars, cela peut être très proche de chez eux, au petit PMU du coin. J’emmène mon ordinateur, ils amènent une clé USB. S’ils veulent quelque chose rapidement, de la rédaction assez simple, je peux rédiger sur place et ils repartent avec leur courrier sur la clé. Pour tout ce qui est relecture de CV, de lettre de motivation, de rapport de stage, on s’appelle, on s’écrit et puis on se transmet les documents par mail. Ce n’est pas Frédérique Péan qui écrit. Il faut que je m’efface complètement. C’est un métier de l’ombre et moi cela me convient parfaitement. Via mon Facebook, je donne de petites astuces de règles d’orthographe pour qu’à termes, chacun puisse accéder à ces savoirs là, s’approprie ces règles et les maitrise. J’ai envie d’avoir un métier qui a du sens, qui aide les autres, soit les enfants, soit les adultes. Je fais partie du Cercle des Entrepreneuses. On se réunit une fois par mois pour la section angevine et on aborde des problématiques liées à l’entreprenariat au féminin. On s’échange des astuces, on partage nos expériences professionnelles et puis parfois on a des formations, Facebook, la publicité Google, des formations axées com, car c’est ce qui manque à beaucoup au sein de l’association. La présidente a une agence de web marketing donc c’est elle qui nous coach. On se sent souvent seul quand on est entrepreneur, quand on a une petite structure et c’est bien d’avoir ce réseau là. On sait qu’on peut compter les unes sur les autres.
Si j’avais un message à faire passer en ce début d’année, je m’adresserais aux jeunes Angevines pour leur dire d’oser. Ce changement de vie, ces études à l’étranger, ce choix de carrière, ce projet un peu fou auquel vous pensez sans oser vous lancer, osez lui donner vie, tentez l’aventure ! Vous rencontrerez peut-être des obstacles, des échecs parfois, mais au bout du compte, vous n’aurez aucun remords, rien n’est pire que de se demander : »Et si j’avais fait ça, ma vie aurait-elle été différente ? » Lancez-vous et croyez en vous les filles !

Bonus

BONUS 🌟🌟
Angers est proche de la nature et c’est important pour moi, élevée à la campagne. J’adore être en ville mais il me faut ma dose de nature, les parcs, l’eau, la Loire, la Maine, la Sarthe, la Mayenne, on est vraiment entouré d’eau. Je suis attachée au patrimoine, j’aime me promener dans la cité. Elle n’est peut être pas mise en avant comme dans d’autres villes, elle n’est pas du tout commerciale, à la grande joie des riverains, je suppose. Cela manque peut être un petit peu de vie dans la cité. J’aime ce qui est médiéval, avec le château je suis servie. Le musée David d’Angers, le musée de la tapisserie. Je suis maman depuis 2015, je fais beaucoup de parcs. J’ai découvert le parc de l’arboretum Gaston Allard. Il y a une belle maison bourgeoise du 19ème et tout au fond, une serre avec des cactus, un bassin avec des poissons, un pont japonisant, c’est ravissant. Il y a également un musée, le sculpteur angevin François Cacheux a fait don à la ville d’Angers de toutes les oeuvres, statues en bronze et bustes qui sont dans ce musée et dans les allées du parc. J’adore passer du temps dans les bibliothèques de quartier, dont les équipes font un travail remarquable, notamment à la bibliothèque Nelson Mandela. J’emmène régulièrement mon fils aux animations qu’ils proposent, c’est toujours des moments de grand plaisir. La littérature a toujours eu, dès mon plus jeune âge, une grande place dans ma vie. Mes parents sont de grands lecteurs et ils m’ont transmis cette passion, que j’essaye à mon tour de transmettre à mon fils. Les bibliothèques de la maison sont pleines à craquer, j’ai donc décidé de ne quasiment plus acheter de livres, voire d’en donner, et d’emprunter, d’échanger. Le seul endroit où je craque, c’est la librairie Myriagone, rue Bodinier, qui propose toujours une sélection pointue. Un autre lieu dans lequel j’aime flâner, c’est le Muséum des Sciences Naturelles, place Imbach. Je suis très sensible à l’ambiance du lieu, on y fait un véritable voyage dans le temps, le bâtiment est plein de charme. Côté sport, je n’ai jamais été une grande sportive mais depuis l’année dernière, je me suis mise au running. Je cours chaque semaine avec une amie, autour de l’étang Saint-Nicolas ou du Lac de Maine. On en profite pour papoter, c’est un bon moyen de décompresser. On a participé au trail d’Angers l’année dernière, les 10 km, c’était rude mais on a réussi et on a franchi la ligne d’arrivée ensemble, un chouette moment. On s’est inscrites pour le prochain, en juin. Maintenant qu’on sait ce qui nous attend, on va mieux se préparer !

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